Voilà. Bleu & Rouge font leur réapparition, pour le plus grand bonheur de certains, et attisant la curiosité de ceux piqués au vif… Pour cela je vais essayer d’expliciter un peu ce qu’est que ces films de Bleu & Rouge, de retracer l’histoire de ces courts métrages animés, qui ont engendré par la suite bien des idées…
Tout commence en Octobre 2001 à mes souvenirs, quand un cousin très lointain et ami de Charles lui prête sa caméra analogique HI-8, pour je ne sais plus quelle raison. Toujours est-il que mon frérot se retrouve en possession d’une caméra pendant un temps, et que lui vient l’idée de voir ce que l’on pouvait faire avec…
Ce sera quelques jours plus tard qu’il me proposera de regarder « une petite surprise » sur la minuscule télé du grand frère, dans le noir et avec une musique légèrement SF… Ambiance de cinéma pour la première projection de l’épisode 1 des aventures des bonshommes Lego Technic. L’un court après l’autre, l’autre tente de piéger l’un, au final presque trois minutes de péripéties entre les bouquins et la lampe de bureau… Je me rappelle être ressorti de ces quelques instants d’animation en ayant du mal à accommoder la vue fluide du monde réel… Car avec une caméra analogique, il est bien difficile de faire du 24 images par seconde… En général c’était trois maximum. Largement suffisant pour voir que Rouge courait et que Bleu grimpait le long d’un dictionnaire.
Ne s’arrêtant pas là, le frérot se lance dans un deuxième épisode, aiguisant ses compétences en matière de caméra et d’effets spéciaux… Ainsi les fondus au noir, au blanc, les zooms progressifs sont apparus… C’est également lorsqu’il a fallu faire tomber Rouge du bureau que la plus grande trouvaille de tous les temps a vu son apparition : comment le faire tenir en l’air jusqu’à ce qu’il atteigne le sol un mètre plus bas ? Solution fantastique :
Ce fut vers le quatrième épisode que je suis venu épauler notre élève de Terminale L (oui, parce que cette feignasse a quand même fait L, avec mention Assez Bien sans bouger le petit doigt, l’enflure !)… Davantage un boulot d’accessoiriste qu’autre chose, mais c’est à partir de cela que certains objets sont devenus des images de marque pour les animations de Bleu et Rouge… On avait déjà le grand classique du petit « coucou ! » narquois de loin, qui avait pour but de rendre l’autre personnage hors de lui… On lui a alors donné les moyens de défouler sa rage. Le camion Model Team est né. Pile à l’échelle comme il fallait, toujours en Lego, le camion a traversé bien des épreuves… Et il est resté entier même jusqu’au dernier épisode en date, « Les 6 Flics et le Fantôme », réalisé il y a deux ans avec Eloi.
L’accompagnement musical est peut-être ce qui restera de plus culte pour moi, avec principalement une musique particulière, à savoir « Heat Miser » de Massive Attack… Ce sera sur des musiques de ce groupe que les films suivants seront projetés.
Par la suite, le concept n’a pas changé, et tout du long des 10 épisodes « officiels », les 10 premiers réalisés avec Charles, on a toujours eu deux personnages, un bleu et un rouge, qui se tapent dessus et à la fin c’est Rouge qui gagne. Sauf pour le n°10, ce fut Bleu. Pour changer. Les accessoires se sont multipliés, qu’ils soient sophistiqués (véhicules Lego construits exprès), ou tirés directement de l’environnement… Car les scènes ne se sont pas limitées au petit bureau de la chambre sous le Velux. Nos combattants se sont déplacés jusque dans la cuisine avec les bacs à glaçons, la salle de bain avec le rasoir, la boîte à couture de la grand-mère avec les aiguilles (toujours plus terribles dans leurs trouvailles, les deux rigolos !)… Bref, avides de conquête de territoires, ils sont allés se battre un peu n’importe où, jusqu’à l’affrontement final dans la mine où Rouge finit en fumée, laissant Bleu savourer sa victoire…
Les 10 épisodes de Bleu & Rouge étaient terminés.
Je ne m’en suis pas tenu là.
M’emparant à mon tour de la caméra de notre cousin Lilian, je pris des personnages à plus petite échelle, à savoir des Legos tout ce qu’il y a de plus simple, et construisis une ville Lego avec tout ce qu’il faut dedans (à savoir des rues, de la place pour se bagarrer et des flics). Le héros de ce nouveau film d’animation s’appelle Max, un flic au tempérament bien trempé, avec lequel nous avions fait plein d’histoires quand on était petits… Ce court métrage s’intitulait « Alerte à Malubie », et raconte l’arrivée de géants extraterrestres incarnés par Bleu & Rouge (quand même !) dans une petite ville paisible… Au final ça donne un film pas mal mais avec quelques ratés, malgré une séquence « Matrix » avec l’évitement de balles comme dans le film.
J’ai enchaîné ensuite par une série de petits films toujours dans une ville Lego, « Histoires des villes », avec l’apparition du train électrique et des poursuites en voiture… Ce fut une période très productrice en films, surtout grâce aux vacances de la Toussaint, et j’ai ensuite tourné « Aventure temporelle », une histoire à base de voyages dans le temps, toujours en Lego, avec des châteaux, des vaisseaux, tout ça tout ça (et le train électrique, formidable pour les accidents ! hé hé !).
Charles est revenu de temps en temps intercaler quelques films persos, quelques épisodes de Bleu & Rouge avec leurs armées de petits Legos bleus et de petits Legos rouges, pour encore un peu plus de baston. Tout ça avec cette éternelle pointe d’humour qui fera de ses réalisations des choses uniques en leur genre. Et puis je crois que ce fut vers ce moment là qu’il a fallu rendre la caméra à son propriétaire. On a filmé en tout près d’une heure de films d’animation depuis le début (et ça fait beaucoup !).
Et puis un jour, par je ne sais plus quelle opportunité, une nouvelle caméra vint en nos mains, toujours du même type, analogique, mais avec un petit défaut supplémentaire : plus d’image par image, cette fois-ci le minimum qu’on pouvait filmer était 1 seconde… Du coup ça faisait des films d’animation à 1 image par seconde… Un coup à prendre, mais qui n’a pas empêché la création des plus formidables films qu’on ait fait.
Nos premiers films sont et resteront emprunts de magie et de nostalgie… Ceux qui suivirent garderont un aspect plus technique et de meilleure qualité cinématographique.
Ce fut le temps des « Zaventures de M. Patmol », petit personnage en pâte à modeler, poursuivi par un petit garçon auquel il avait piqué le couvre-chef par mégarde… Si je devais m’envoyer des fleurs, je dirais que ce sont les films les plus beaux que j’aie fait. Un M. Patmol un peu magique, qui disparaît comme il veut, qui joue quelques vilains tours au méchant garnement qui le poursuit, et qui profite de toutes les propriétés de la pâte à modeler pour se sortir des situations délicates.
Le dernier film réalisé sur la cassette fut destiné à l’anniversaire de Charles, en mettant en scène trois personnages en pâte à modeler nous représentant nous-mêmes, les trois frères. Amusant comme tout…
L’ère des films d’animation entre frères toucha à sa fin, avec le remplissage de la première cassette de films… Nous ne pûmes depuis refaire de films à la maison comme bon nous semblait, par manque de caméra de qualité, et par manque de temps à la longue… Pourtant le relais vint toutefois, et c’est du côté des amis qu’il a fallu le trouver…
Eloi, fondu de cinéma, s’enthousiasma à la projection de nos films. Et ce fut avec lui que le mythe se prolongea… Je ne me rappelle plus exactement par quels films nous avons commencé, si ce fut « Ze attack of the pireïts… » ou un autre… Bref, la folie de l’animation nous gagna bien vite, et le concept de Bleu & Rouge revint, avec l’apparition d’un nouveau personnage, Blanc, que possédait Eloi dans ses vieux cartons.
La majeure partie de nos films fut tournée à Ciel à l’occasion d’une semaine passée là-bas durant les grandes vacances menant vers le lycée, avec à disposition bien des décors quand on cherche bien dans les recoins des vieilles pièces de la maison… Un château fut alors déniché, donnant lieu à de formidables assauts en compagnie de plein de petits bonshommes… La base générale ne changea pas : Bleu, Rouge et Blanc se tapent, et Bleu meurt à la fin. Mais dans le déroulement, il y eu quelques nouveautés : une première partie où Rouge et Blanc doivent affronter une armée de petits Legos avant d’atteindre Bleu, puis une partie de baston où Blanc meurt parce qu’il ne sert pas à grand-chose, puis la victoire de Rouge… Tout cela agrémenté de Patafix pour les acrobaties, et de pâte à modeler rouge pour les effusions sanguines… Je vous passerai les détails, même si certains épisodes restent mémorables d’absurdité.
Par la suite au retour à Moret, je réalisai quelques films supplémentaires, en essayant quelques nouvelles choses, comme des courses de voitures de nuit, des animations sur tableau blanc… Quelques bonnes idées qui rendirent parfois bien (notamment les poursuites nocturnes), mais qui durent s’arrêter avec la rentrée au lycée…
Ce n’est que courant 2004 que l’animation revécut un petit temps, durant les grandes vacances, à l’occasion de la venue d’Eloi chez moi, où nous avons remis sur pied le train électrique et les personnages ainsi que l’éternel camion, pour une ultime aventure loufoque à souhait, qui restera dans les annales comme le premier film de Bleu & Rouge réalisé avec une caméra numérique : Les 6 Flics et Le Fantôme.
Eloi réalisera pendant l’année quelques projets conceptuels, à savoir « Blanc Fond » avec davantage d’images par secondes et pas mal d’essais de prises de vues… Puis ce sera tout.
Voilà donc la chronologie de ce qu’ont été nos productions d’animation, que je vais essayer de reprendre maintenant. Un appareil photo, les personnages, un logiciel de montage… A priori ça devrait donner de bons résultats, mais prendre aussi beaucoup plus de temps. Quand je mettais une heure environ pour faire une animation de trois minutes en analogique, je mets ici trois bonnes heures pour photographier et monter une bande annonce d’une minute et demi… Alors, on verra bien, à priori j’ai du temps, encore faut-il que je le consacre à des choses vraiment utiles aussi…
Quoiqu’il en soit, Bleu & Rouge n’ont pas fini d’exister, et les projets sont nombreux… Peut-être un jour une petite scène de chasse à l’homme entre les bancs de l’amphi Vinci…




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