Vendredi 6 Juillet :
Voilà, nous sommes partis pour Ciel. Valise, guitare, tout est là. On a pris le train de 12h21, sur le quai de Moret, direction Laroche Migennes, terminus où nous changerons pour Dijon, puis ensuite pour Beaune. Un trajet ni trop court, ni trop long, d’abord un train de banlieue avec une colonie de vacances savoyarde, puis un Corail idéal pour se replonger dans un petit album de The Servant et de repenser à des tas de choses sur la vie, à rêvasser sur ce que serait Ciel en compagnie de Marjorie… Puis, après une escale à Dijon, pour manger un morceau et se poser dans un petit jardin, on embarque dans une de ses vieilles saletés étouffantes, à locomotive électrique et son boucan d’enfer… Une demi-heure à tenir, et nous retrouvons enfin grand-mère sur le quai de Beaune, puis sa voiture, sa fidèle Golf Travelling rouge, vieille comme le temps. Rien que monter dans cette voiture allume en moi le feu de l’amour pour Ciel et toutes ses vieilleries qui s’y rattachent. Et puis, tout de suite, la personnalité de ma grand-mère me fait sourire, avec ses remarques sur tout, un peu entêtée parfois, mais toujours ouverte, et qui se sait parfois un peu ridicule, mais qui n’en fait pas de cas plus particulier. C’est quelqu’un de simple, de généreux et serviable, parfois un peu trop derrière le dos de tout le monde, sans le faire trop exprès. Assez comique malgré elle, mais on la respecte par qu’elle nous rassemble tous grâce à son attention. Et puis c’est elle la maîtresse de la maison, ici, à Ciel.
Sur la banquette arrière, je passe la main par la fenêtre de la vitre de la voiture, la guitare à côté de moi, et je lance un sourire à ma gauche, imaginant une Marjorie imaginaire sur le siège d’à côté. Simple petite pensée, pour me faire une compagnie, évoquer un sentiment que j’aurais pu partager quelques jours plus tôt. Mais pas d’amertume, juste je suis content d’être là, en route vers Ciel, en traversant les villages habituels, en s’arrêtant aux carrefours mainte fois parcourus, en traversant la Saône et le Doubs… et enfin, en franchissant les lourdes portes du portail de la maison… Crissement des cailloux sous les roues, premières odeurs de l’environnement, de la ferme proche, des fleurs du jardin…
Je passerai le couplet sur les grandes retrouvailles de la maison, de ses odeurs et de ses endroits… Les odeurs sont vraiment très évocatrices… Encore une fois, en traversant la salle à manger, le salon, le couloir de l’étage, je vois la silhouette de Marjorie derrière moi, qui découvre cette grande maison aux multiples surprises. Le château aux cent énigmes.
Une soupe à la carotte, une tranche de pâté en croûte, un yaourt et des abricots, et puis on discute tranquillement des générations, je jongle entre ma mère et ma grand-mère avec mes trois balles multicolores, je ressors de leur placard des Blueberry, et j’en lis deux avant de m’endormir.
Je me sens un peu plus à l’aise, en étant seul ici, malgré la pression continue de ma mère pour que j’aie une bonne tenue, que je sois gentil, etc… Pression qu’on pourrait ne pas ressentir, mais pourtant toujours présente, même si je ne la vois pas. Mais je suis content, ma mère et ma grand-mère s’occupent toutes les deux, je suis un peu plus libre de tout.
J’ai été surpris par le nombre d’araignées dans
la maison. D
’habitude je ne les voyais pas parce que je ne voulais pas les voir, mais là je tombe sur un peu toutes les tailles et tous les styles un peu partout… Pas encore beaucoup de bestioles qui volent, mais une peuplade à huit pattes qui est bien présente dans les endroits peu fréquentés…
Bref, une première impression du séjour qui n’est pas mauvaise, même si je sens que je vais peut-être finalement avoir du mal à me mettre à écrire, à bouquiner à profusion… Mais nous verrons la tournure des journées…
Lundi 9 Juillet :
Hop, j’ai mis un peu de Mika pour ce matin où le soleil passe par la fenêtre, ça me relève un peu de ma torpeur matinale. Je ne dors pas très bien ici, et puis je me couche tard, du coup là je commence à avoir un coup de barre… Et puis il y a quand même pas mal de ciel gris en ce moment, et relire les Blueberry, lecture assez chargée, contribue aussi à mon petit mal de tête, bien que j’y prenne un grand plaisir.
Les vacances sont donc bien engagées, je suis plutôt bien libre de mes journées, même si je dois régulièrement rappeler à ma mère que je sais m’occuper tout seul, et que, non, je ne m’ennuie pas. Bon, malgré tout, j’ai du mal à me mettre à écrire, tout bêtement parce que je n’ai pas grand-chose à dire finalement… Je repense surtout à cette année, en particulier à la tournure de la situation avec Audrey et Murielle. Je pense peut-être envoyer un petit mot à Audrey depuis Ceillac, pour m’excuser du tort que j’ai causé, sans forcément ni chercher à être pardonné, ni revenir sur mes pas. Mais faire le geste, je me sentirai mieux.
De même, maintenant que je me suis replongé dans les Blueberry, à raison de trois par jour, je ne lis pas forcément autant que je l’avais prévu. Je viens tout juste de terminer les fantastiques Contes du jour et de la nuit, de Maupassant, que décidément j’apprécie beaucoup.
Mon oncle Thierry, et
la petite Sixtine
sont arrivés samedi soir par le train, Thierry est resté le week-end et va repartir cette après-midi, ma petite cousine reste toute
la semaine. Sympa
de les revoir, surtout que ça me permet à nouveau de travailler sur ma position au sein de la famille, je vois combien on a été éduqué suivant des conventions dont on n’a toujours pas réussi à se libérer, à cet excès de politesse qui nous pousse à fermer notre gueule tout le temps et à rire poliment. Il va falloir travailler pour que ça change, qu’on se sente un peu plus libre de nous-mêmes, nous, les trois fils. Ma mère renvoie ma grand-mère dans ses affaires, jugeant qu’elle est trop sur son dos. Je remarque que je devrais faire pareil.
Je file quelques coups de main à ma grand-mère comme prévu, monter un petit meuble, réparer ceci ou cela, ça ne prend pas plus d’une heure par jour… Bientôt aura lieu la tâche ultime, que je redoute, et que j’aimerais ne pas redouter tellement c’est stupide : appeler un type qui s’occupe des vendanges pour voir s’il y aurait du boulot mi-août. J’espère sincèrement que non, pour pouvoir retourner sur Toulouse vers le 25. C’est fou comme je n’ai pas envie de travailler, quand je sais que j’ai la possibilité de voir des gens. Surtout que là ce serait pour voir Joris et compagnie, à qui j’ai fait faux bond à deux reprises fin juin pour une randonnée dans les Pyrénées, et qui va finir par se lasser de mes promesses (je veux vraiment la tenir, celle-là).
Jeudi 12 Juillet :
Enfin un instant de répit ! Je souffle ! Et encore, je ne devrais pas être le premier à pouvoir souffler… Jusque là, il y avait seulement Sixtine ici bas, vraiment amusante, parfois un peu bruyante à force de parler, mais c’est toujours agréable d’avoir un peu d’animation dans cette grande maison silencieuse… Et puis elle reste quelques moments dans sa chambre, le temps d’écouter un disque… Comme cet album de Cat Stevens, archive de Christine, qui m’a fait remonter une bouffée de sentiments sur un puzzle 500 pièces impressionniste (un vrai travail pour le finir, celui-là !). Bref, c’était relativement calme, et puis cette après-midi, nouvel arrivage : Matthias, et Christine et le chat. Fini le temps des Blueberry tranquille sur mon lit… D’ailleurs je les ai finis hier soir, du moins pour ceux qui se suivent encore assez bien (il y a quelques trous dans la collection, notamment le fameux « Balade pour un cercueil », qu’il faut que je relise…). Ce n’est pas la tornade que j’imaginais, mais un autre personnage plus posé, mais un peu trop sûr de lui. Oui, monsieur joue à l’Encyclopédie, au boute en train qui aura toujours le dernier mot. Hélas, même si à première vue ce gamin peut impressionner par ses larges connaissances, il ne les détient que d’une affreuse société de consommation qu’il fréquente à longueur d’enfance. Rassuré d’un côté de ne pas trouver un affreux polisson, mais j’appréhende le harcèlement du gamin qui va vouloir faire le grand et l’intéressant toute la journée, à me courir après… Seulement une petite journée, à vrai dire. Il va falloir que je me lève tard, tiens, ce sera autant de temps pour moi de gagné, et d’énergie économisée. Car, avec à peine une demi-journée avec lui, je suis déjà crevé. Arf. Mais je m’arrête un peu de médire…
Oui, finalement, je n’écris pas une once de mot durant ces vacances. Je n’ai pas touché à mes bouquins. Finalement, je me sens vraiment en vacances, et c’est justement l’occasion de laisser de côté même les sujets personnels… Et puis si j’en avais vraiment besoin, j’aurais déjà écrit quelque chose. Mais je n’ai pas envie de me prendre la tête, là, je respire (comme je peux). Ceillac risque d’être un poil moins rigolo, avec les parents qui vont vouloir que je fasse quelque chose… Mais je garde mes derniers Heroes de côté pour ça. Et puis Starcraft, aussi, tiens… Mais je sens que ça va me faire bizarre, Ceillac, cette année. J’ai l’impression que je connais déjà trop le coin, que je ne vais faire que répéter ce que j’ai déjà parcouru. Et si j’avais la possibilité de rentrer, je pense que je rentrerais… Mais bon, l’appart est loué, le billet de retour dans une semaine réservé. Je ne vais pas faire ma forte tête. La montagne me fera quand même du bien.
J’ai envie de dormir, mais si je vais dormir maintenant, je vais me réveiller tôt… Alors veillons encore un peu, il n’est même pas 22h.
Dimanche 15 Juillet :
Ca y est, on est à Ceillac depuis maintenant deux jours. Arrivés hier, après quelques difficultés sur les routes (jours de grands départs, tout ça). On est au 20 du Cheney 2, et ça m’a fait bizarre de revenir à Ceillac. Je ne l’accueille pas à bras ouverts, parce que je ne l’ai pas désirée. Ca fait seulement deux ans que je suis venu ici, la vallée ne me manquait pas encore. Et puis elle fait revenir son lot de souvenirs, lors de notre fantastique escapade avec Seb et Murielle, qui, il faut bien l’avouer, a été inoubliable. C’était un beau séjour. Mais là, tout semble se répéter, et sans grande joie. Même dîner au restaurant, même table, même menu… Perspective des mêmes balades ; l’appartement, forcément, ressemble beaucoup a celui qu’on avait. Je n’apprécie pas encore vraiment cette semaine pour le moment à sa juste valeur, si l’on doit en donner une.
On a quand même commencé aujourd’hui par une rando qu’on n’avait pas faite, celle qui monte jusqu’au col Girardin. On est quand même passé devant le lac St Anne, là encore, beaucoup de souvenirs. J’ai emporté Martin pingouin dans mon sac, j’ai pris quelques photos amusantes, et puis je me suis fait plaisir sur les derniers mètres d’ascension difficile du col Girardin, unique moment où je me fais du plaisir pour moi tout seul, sans rien déranger.
A l’instant, joli coup de fil d’Eloi, pour vider son crédit en prenant quelques nouvelles, je pense le voir la semaine prochaine, avant son départ en Grèce… Ca va être un peu serré avec Marjo, mais je m’arrangerai. J’ai d’ailleurs beaucoup pensé à elle aujourd’hui, d’abord avec un rêve amusant, en compagnie de Seb et Inès dans la gare de Toulouse, où siégeait également un vendeur de disques, et puis ensuite durant la balade, en me jurant de ne pas perdre une miette de mon temps libre à Moret.
Voilà, je suis un peu plus enthousiaste ce soir vis-à-vis de la suite de la semaine, mais malheureusement il n’y aura pas beaucoup d’inconnu et d’imprévus avant une semaine… Patience.
Mardi 17 Juillet :
Journée repos, enfin, parce que j’en ai déjà ma claque des balades, et d’être ici. On a fait le col Fromage hier, comme d’habitude, mais la grande chaleur et les bestioles qui volent m’ont complètement pourri
la rando. Une
journée où j’étais énervé, impatient d’en finir, aussi bien avec la rando qu’avec le séjour, le désir de rentrer pour enfin voir Marjo. Et puis toujours la vieille ambiance tendue entre les parents, et malheureusement je n’y mets pas forcément toujours du mien. Un peu taciturne, qu’on pourrait dire. Voire carrément noir.
Mais bon, il ne va sans doute plus falloir que je m’impatiente de quoique ce soit, vu que j’ai reçu un message de Marjo aujourd’hui qui dit qu’il y a une couille avec son train, et qu’elle ne va pas avoir les moyens pour venir. Je vais me renseigner un peu plus, savoir si c’est remboursable, limite l’avancer, je ne sais pas… La poisse, on ne se verra finalement jamais comme on le veut, avec le temps que l’on veut. On se file entre les doigts.
Donc ça remet encore un petit coup de taciturne, mais il va falloir que je me raisonne aussi un jour. Au moins dans une semaine je serai sorti de cette vallée où décidément je ne me sens pas à ma place. Besoin d’être un peu seul… Un retour à Ciel ?... Bof, il y aura Yvan…
Vendredi 20 Juillet :
Dernier jour ici-bas, où le moral est remonté d’un cran, grâce à deux randonnées inconnues qui m’ont fait plaisir. La première jusqu’au lac du Lauzon, et son col, puis une longue redescente un peu pénible mais qui fait les jambes. Et puis hier, rando avec un guide, sans les parents, avec tous les avantages d’une rando accompagnée : rythme pépère, on apprécie le paysage, on a des explications, il y a de l’humour bon enfant entre les randonneurs. Une bonne expérience, avec un sommet à 3100, et un chouette panorama. Les deux longues randos coup sur coup m’ont un peu coupé les pattes, mais elles ont été plaisantes, ça m’a changé les idées.
Aujourd’hui, bonne glandouille, je ne sais pas ce qu’on va faire cette après-midi, j’espère pas grand-chose, j’ai envie de glander. Un peu de guitare ce matin, en enregistrant une version pas trop mal de
la Quête Epique
, écrite avec JB. Avec la possibilité de la transformer en version métal, peut-être, un jour.
A part ça je suis dans Les Galaxiales, du Michel Demuth, c’est pas mal sans plus, mais je vais bien voir ce que ça va donner. Un peu dans le rythme de Fondation, d’Isaac Asimov, mais avec moins de style, moins captivant. Et puis sinon, c’est quelques films par-ci par-là, un jeu ou deux avec papa, un peu de Starcraft moi contre tous, bref, ça glande.
Bientôt le retour, et une semaine bien libre maintenant, je vais sans doute faire une bonne virée à Paris, après avoir essayé de voir qui est dans le coin en ce moment. Et puis peut-être de l’imprévu dans la suite des événements.
Samedi 21 Juillet :
De retour à Moret, avec les deux frères. Une journée de voyage, en prenant le train à Gap. Une TER jusqu’à Grenoble, avec une colo de gosses qui ne savent pas se tenir, des bagages tout le wagon, et les Galaxiales dans les mains. Le livre n’est pas un chef-d’œuvre, juste une curiosité, mais je ne sais pas si je lirai
la suite. Et
puis changement pour un TGV à Grenoble, à nouveau avec une colo dans le wagon, mais bien moins tapageuse, et je me retrouve à côté d’une charmante demoiselle sur laquelle j’ai laissé planer mon imagination. En la voyant j’étais presque persuadé d’être en compagnie d’une jeune fille dont j’ai parcouru le blog il y a peu, Julie, et qui correspondait plutôt bien au profil. Un peu stressée, quand même. On a fait un peu copain copain, après un petit temps de trajet quand même, où j’ai continué mes Galaxiales et écouté un peu de Dire Straits (toujours énorme Brothers in Arms), et mes illusions se sont un peu évaporées… Bien qu’elle en donne l’air, la miss n’est pas en Première, mais bien en 3e pro, passant en Seconde… Elle vient de Grenoble, elle va chez sa tante, ses parents bossent, elle est déjà allée en Normandie, elle va aussi souvent dans le Sud, d’ailleurs le Nord pour elle c’est après Lyon, elle prend le train pour aller dans son internat, elle randonne un peu, et elle est un peu ronde mais plutôt mignonne. Elle m’a même fait repenser à Clélia. Mais ma « Julie » n’a pas son assurance. D’ailleurs elle ne s’appelle pas Julie, ce qu’il y avait d’écrit sur sa carte d’identité ne ressemblait pas à ça. Je réservais le dernier échange de paroles à la descente pour finir le rêve en lui demandant son vrai nom, mais elle était si stressée de ne pas retrouver sa tante dans le grande Gare de Lyon que je n’en ai pas eu le temps… Elle restera la mystérieuse « Julie », celle que j’ai aidé à monter ses bagages à Grenoble.
Retour sur Moret avec Charles, dans un Corail, et puis me voilà à la maison, entre frères, sans parents. Couscous et soirée Heroes, avec l’épisode révélateur sur Sylar et sur le passé de quelques personnages. Internet ne marche pas, ça m’aurait étonné, je sens que je vais batailler à nouveau avec la connexion.
Le reste des vacances va être long… J’aurais du demander ses coordonnées à ma mystérieuse « Julie », ça m’aurait fait un peu de découverte pour l’été, et, qui sait, peut-être une nouvelle connaissance durable. Trop tard.

L'aventure continue... et les réflexions arrivent... Merci, Laure, tu m'ouvres des portes vers elles !

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