Premier jour de l’été, le 21 juin, c’est l’occasion pour des millions de gens, et surtout de jeunes, de descendre en ville s’éclater sur des rythmes et des sons en plein air, selon leur gré. La fête de la musique est partout : évidemment dans les grandes villes, telles Paris et Toulouse en ce qui nous concerne, mais aussi dans les patelins perdus (petite pensée pour le deuxième concert de Lough Erin Shore à Villemaréchal, avec un effectif changé cette année). Musiques de toutes les origines, pour tous les goûts, et qui évoluent au fil de la journée : une après-midi d’abord orientée jazz et groupes de rock amateurs, et une soirée qui vire de plus en plus vers les musiques de transe, les DJ, le métal… Voyage dans une soirée à notes.
Pour notre bande d’Insaiens (malins ?), l’heure du rendez-vous en centre ville a été vers les 20h, au niveau d’Esquirol. Clovis, Florent, Etienne, Benoît, Raphaël, Fabien et moi pour commencer, nous dirigeant au son des musiques proches, pour venir nous planter à notre première étape : deux groupes de rock place Esquirol, à vingt mètres l’un de l’autre, rivalisant de volume sonore. Le premier jouait ses propres compositions aux consonances de Radiohead, Oasis et Pink Floyd selon les chansons, le deuxième donnait davantage de rock un peu grunge et des reprises… Notre choix fut rapide : le premier groupe montrait un côté nettement plus sensible et porteur d’émotions. Il nous a distrait pendant un certain temps, puis, sachant qu’à la Halle aux Grains, au bout de l’avenue, jouait à 21h un groupe de ska de qualité, nous nous sommes alors déplacés.
Devant la Halle se trouvait une scène avec un peu plus de support technique que nos deux groupes précédents : lumières d’ambiance, sono d’ampleur… Et un public relativement nombreux et composé de jeunes étudiants comme nous, un brin roots dans l’âme, provenant davantage des universités que des écoles d’ingé. Bref, un petit rappel à ces bandes d’amis qui se font des virées en ville, qui se connaissent plus qu’on en a l’impression… Un côté « amis de Mathilde »… Devant eux se produisait un groupe de jeunes chenapans au répertoire rock-ska, un peu canaille et déconnant, qui jouait des morceaux de qualité, connus, mais bien dans m’esprit de la soirée musicale qui devait se dérouler ce 21 juin. Une joyeuse ambiance de fête parcourait la foule, les étudiants dansant parfois leur bouteille à la main, les gamins de 8 ans sautant partout, hilarants, et les parents le sourire aux lèvres… Sympa comme tout.
En attendant que le groupe suivant s’installe, à savoir Karioska pour lesquels on était venus, une fanfare qui passait par là s’est occupée de la foule avec ses cuivres et ses airs de fête foraine (ou de chants de supporters pour un match de rugby). Les gamins s’éclatent. Nous, en compagnie d’un ami de Fabien (Stéphane), on se reposait un peu avant d’attaquer le gros morceau qui allait arriver. Karioska enfin prêt pour enflammer la Halle, les premières notes sont montées dans le soir crépusculaire (désolé pour le cliché). Surprenant, ce groupe : une bonne douzaine d’intervenants, de nombreux cuivres, et deux chanteurs (une fille et un gars). Et de bons morceaux bien ska, avec quelques reprises en plein milieu, pour l’ambiance… Très rapidement, nous avons été rejoins dans la foule par un groupe de rugbymen venant de l’ENSICA, bouteille de punch (?) à la main… Joyeux larrons décidés à mettre l’ambiance dans le public au-devant de la scène (nous dedans). Le groupe nous a donc joué des morceaux bien entraînants, et vraiment bien ficelés, pas trop répétitifs, avec quelques passages plus doux, et d’autres largement plus effrénés. Occasions de pogoter. Avec les rugbymen à côté, ça a valsé. Raphaël et Fabien étaient contents. Bref, nous mêlant à l’ENSICA, on a fait bouger le milieu de la foule, l’animant de quelques mouvements un peu brusques mais bon enfant… Oui, ce fut vraiment amusant.
Alors nous sommes revenus sur nos pas. Mélodie nous avait prévenus de son concert de percussions, place Esquirol. Le sentiment mêlé entre l’idée que ça devait être un truc moyen dans un coin de bar avec quelques potes de Brax, et l’envie de revoir quand même un coup ma binôme de moitié d’année, je me suis donc dirigé avec Fabien et son ami vers la place, traînant derrière nous les autres. Arrivés sur la grande rue d’Alsace-Lorraine, nous avons alors croisé un de ces grands groupes de percus que nous avions déjà vus lors d’une boum en début d’année. Matucada, un truc comme ça. Ca avait l’air relativement monstrueux, je me demandais si c’était finalement ça, le groupe de Mélodie. A vrai dire, il n’y avait rien d’autre dans le coin qui sonnait la peau. Alors, Benoît convaincu que Mélodie en faisant partie, on a rattrapé ce groupe se dirigeant à pas lents marqué par leurs rythmes fous vers le Capitole. Et effectivement, au premier rang, un tambour à la main et la danse au corps, Mélodie s’éclatait. Grand sourire en nous apercevant. Un bonne centaine de gens entouraient les percussions, dans une ambiance rappelant le carnaval d’Orfeu Negro, et nous nous dirigeâmes ainsi vers le Cap’. Ce bout de chemin fut l’occasion de rencontres avec bon nombre d’Insaiens, le grand Anglais que j’ai croisé au club guitare, les Tahitiens du groupe A, Thomas et Fanny accompagnés de Benji. Ouah, ambiance de folie. On a alors lancé en compagnie d’Arnaud et Bruno, les Tahitiens, une chenille au rythme des tambours, rejoints par les jeunes enthousiastes à proximité. Pas pesants, rythmes lents et très riches, nous sommes arrivés au niveau de notre destination, relativement fatigués par tant de mouvement.
Le Capitole est la place centrale de Toulouse. Aussi est-il normal d’y trouver une marée de gens. Nous frayant un chemin le long du bâtiment pour nous retrouver sur la place proprement dite, il nous a fallu jouer des coudes et ne pas se perdre. Mine de rien, un groupe de douze copains maintenant, ça devient dur à gérer. Et la place nous est apparue. Ou du moins nous l’avons devinée… Derrière les Bitterois de l’INSA qui nous faisaient coucou au milieu de la foule, se distinguait une énorme scène blindée d’amplis et de feux lumineux, de lasers et bien sûr une fantastique masse de gens. Des corps en transe les uns contre les autres, une musique à plein volume, très bien menée, une ambiance de qualité… J’ai eu quelques temps les images de la grande fête à Zion dans Matrix… Ce déplacement orienté vers les bords de la Garonne nous emmenait dans une atmosphère plus lourde et nuptiale, sombre et prenante. Encore quelques coups de coudes, voire des poussées franches pour se frayer un passage, la place du Capitole était franchie, Laurent Wolf et sa sono dantesque derrière nous, et un sentiment de regret de ne pouvoir aller me déchirer dans la foule devant sa scène, les autres copains ne souhaitant pas forcément y rester.
Prenant la direction de la place St Pierre, nous sommes donc entrés dans les rues étroites et faiblement éclairées des quartiers ouest du vieux Toulouse. Croisement de Vincent de la chorale, dépassés par Thomas Larrere et les habitués du club Jdr, les accords des groupes de rock et métal nous sont parvenus… Occupant des espaces réduits, les uns sur les autres, les cheveux longs et la guitare agressive, les métaleux étaient difficilement discernables, la plupart sûrement en train de rouler par terre en criant leurs chants anarchiques et perçants. Bière et alcools sont nombreux dans ces rues, et déjà quelques punks bien stylés se distinguaient parmi la population parcourant les trottoirs. Nous sommes alors arrivés au niveau de la place St Pierre, la soirée a commencé à se ralentir…
Deux groupes place St Pierre, qui à première vue sont branchés punk-rock, guitares hurlantes et accords plaqués. Un peu fatigués par la marche depuis trois heures, on s’est posés sur les blocs de béton des Travaux Publics, laissant Raphaël et Fabien aller s’éclater sur le plus violent des groupes de la place. Etienne rencontre quelques amis, on se désaltère à coups de Fanta et de Coca… Et puis pour ne pas rester là à ne rien faire, on se pointe devant le deuxième groupe, éclairé aux lumières jaunes et violettes. Et là, révélation. Non, ce n’est pas un groupe de métal. Quatre musiciens, quatre vieux, et un répertoire du rock que je qualifierais de « routier » des années 70. Le chanteur à casquette rouge et à lunettes devait approcher la soixantaine, tout comme son compagnon en marcel, short court et cheveux longs, la gueule carrée et ses solos de guitare. Le batteur suait corps et âme avec des rythmes appuyés mais avec du doigté. Seul le bassiste semblait ne pas sortir des seventies. Bref, on s’est bien amusés avec ce groupe qui se prend au sérieux mais sans plus, sachant très bien que ce qu’ils jouent c’est pour la nostalgie et non pour prétendre à un style néo-conceptuel.
On a quitté les lieux à la recherche de quelques talents plus frais et changeant de style. Ainsi, nous sommes parvenus au Quai de la Daurade, et là, un fantastique spectacle s’offrait devant nous. Là, en bas, un décor qui m’est cher en nostalgie, même si je n’y ai jamais participé pour autant dans mon passé. Sur l’herbe : des roots. Comme je les appelle. Peut-être un poil stéréotypé, mais pour moi c’est tout un monde. Doucement alcoolisés ou franchement bourrés, ou l’herbe en cône à la bouche, mais jamais méchants ni violents, et toujours un petite guitare pas loin, ou des instruments bizarres, branchés nature et peace & love. A nouveau au grand complet, et je crois bien en compagnie de Ludo en supplément, nous sommes donc descendus sur cette grande esplanade où se répartissaient en petits groupes les gentils fêtards, les endormis dans des couvertures, les habits colorés et un air mai 68. Le groupe qui jouait là n’avait absolument rien d’extraordinaire, mais suffisait au public présent pour danser et s’éclater… Des classiques de soirée dansante, joués par quelques musiciens largement épaulés par des pré enregistrements les rendant un peu ridicules, mais mettant au moins quelque chose à écouter dans cette esplanade. Enfin voilà, une ambiance cool roots « amis de Mathilde », où nous avons siégé quelque instants jusqu’à être accostés par un ivrogne lorgnant sur notre bouteille de Coca (il ne restait qu’un fond, je lui ai donné de bonne grâce) (et pour le bon débarras aussi).
Une des dernières étapes fut le groupe de funk sur la rue qui relie la Daurade au Capitole, petit mais doué, avec un public maigre mais connaisseur. On y est restés un certain temps, attendant d’être rejoints par Bénédicte et Mélodie, et laissant Etienne se reposer à la suite de quelques maux de tête et de ventre. La soirée commençait à toucher à sa fin, les musiques commençaient à se faire plus rares et moins intéressantes… Davantage de discussions et de débilités que de danse, mais sympathique dans le fond… Sans doute une des dernières grosses soirées entre amis de première année, où tout le monde est disponible. La grande sœur de Bénédicte nous a rejoint avec quelques amies… On s’est redirigés vers la Capitole, où Laurent Wolf a terminé sa prestation et les gens ont déserté, laissant un spectacle de ruines sur la place, du verre, des cannettes et des papiers partout… Tout le monde plus ou moins éméché dans le coin, et un marchant de ballons à l’hélium où trois Patrick furent achetés à prix réduit.
La rue de Rome fut remontée tranquillement, les discussions animant le groupe, des gens bizarres furent croisés, encore un groupe de hard, et puis au niveau des Carmes, une nouvelle petite fanfare animant un bistrot. Le temps de rentrer était venu, les pieds lassés, et la faim tiraillant quelques-uns. Au revoir donc le centre de Toulouse, au revoir la musique, rendez-vous l’année prochaine pour une nouvelle fête musicale.
Le trajet du retour ne fut pas aussi long qu’attendu, Ludo alimentant la joie du groupe par ses animations, et la tranquillité des rues laissant un parfum de liberté planer en pleine nuit. Il est trois heures passées quand nous arrivons au niveau de l’INSA nous séparant pour retrouver nos logements respectifs, et nos lits pour trouver le repos.
La soirée fut bien agréable, et plutôt bien animée, jusqu’à une heure du matin, où bizarrement tout a semblé s’arrêter pour ne laisser place qu’à quelques groupes isolés et fermés. La musique est resté pourtant présente jusqu’au bout, et le souvenir ne disparaîtra pas de sitôt.
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